Sortir dans le 19e : autour de la rue Barbanègre, entre l'Ourcq, la Villette et le dimanche matin
Quand on sortait du 16 rue Barbanègre vers onze heures et demie, le quartier était beaucoup plus calme qu'aujourd'hui. On remontait l'avenue de Flandre ou on longeait l'eau pour attraper un des derniers métros de la ligne 7. Le coin a changé depuis, des immeubles neufs ont poussé, des bars ont ouvert, d'autres ont fermé. Il reste les canaux, les péniches, et cette façon de vivre le week-end au ralenti.
Entre deux canaux : le triangle Corentin-Cariou, Crimée et Ourcq
La rue Barbanègre est un peu à l'écart de tout : à deux pas du canal Saint-Denis, pas loin de l'endroit où il se sépare du canal de l'Ourcq, au bord du parc de la Villette. Quand l'Espace B faisait vivre ce bout de trottoir, beaucoup de gens venus de l'autre bout de Paris mettaient les pieds dans ce coin du 19e pour la première fois. Certains s'y perdaient en sortant du métro, et ce n'étaient pas toujours les mêmes.
On n'y venait d'ailleurs pas toujours pour les concerts. La salle de devant, c'était aussi un bar de quartier : une pinte qui ne coûtait pas trop cher, une assiette chaude, deux tables sur le trottoir l'été, et des voisins qui ne passaient jamais la porte du fond. Il m'est arrivé d'y finir la soirée sans avoir vu un seul groupe.
Avant le concert, on se retrouvait sur les bancs du quai de la Marne ou du quai de l'Oise, au bord du canal de l'Ourcq, ou au comptoir d'une brasserie d'angle de l'avenue Corentin-Cariou. Un peu plus bas, le pont levant de la rue de Crimée, le dernier de Paris, date de 1885. Il se relevait parfois pour laisser passer une péniche chargée de sable, et il fallait attendre au bord, les mains dans les poches, qu'il redescende.
Où la musique a déménagé autour de la Villette
Après la fermeture de la salle, les concerts n'ont pas quitté le nord-est parisien. Ils se sont déplacés de quelques centaines de mètres, vers l'eau ou vers le périphérique. Au parc de la Villette, le Trabendo et le Cabaret Sauvage ont continué avec des affiches plus grand public. Les péniches du bassin ont repris une partie des soirées, et un peu plus bas, quai de Valmy, le Point Éphémère a gardé ses anciens entrepôts au bord du canal Saint-Martin.
Plus au nord, de l'autre côté des voies, à la porte d'Aubervilliers, La Station – Gare des Mines s'est installée dans une ancienne gare à charbon. C'est là que j'ai retrouvé le plus de visages de la rue Barbanègre, et le même genre de programmation : du rock bruyant, du post-punk et de l'électro un peu rêche. Pour savoir qui joue cette semaine dans le coin, notre agenda des concerts à Paris est mis à jour régulièrement.
| Moment | Autour du canal & de la Villette | Ambiance & repères |
|---|---|---|
| En fin d'après-midi | Quai de la Seine, quai de la Loire, passerelle de la Moselle | Terrasses au bord de l'eau, pétanque sous les platanes, la péniche-librairie du quai de l'Oise |
| Le soir (20h – minuit) | Parc de la Villette, porte d'Aubervilliers, quai de Valmy | Rock indé, péniches électro, petites jauges (voir l'esprit des cafés-concerts) |
| Le dimanche midi | Bassin de la Villette, Jaurès, Buttes-Chaumont, Petite Ceinture | Longues tablées, café qu'on ressert sans demander, œufs et pain perdu |
Le lendemain de concert : marcher le long de l'eau et traîner à table le dimanche
Le lendemain d'un samedi soir dans l'est parisien, on se lève toujours trop tard pour un croissant au comptoir et trop tôt pour un vrai déjeuner. Alors on redescend vers midi, midi et demi, vers le bassin de la Villette ou le canal Saint-Martin, à la recherche d'une table au soleil et de quelqu'un qui accepte encore de servir des œufs.
Mes adresses de ces dimanches-là étaient La Recyclerie, porte de Clignancourt, dans l'ancienne gare au-dessus des rails de la Petite Ceinture, avec ses poules et son potager, et Holybelly, rue Lucien-Sampaix, où l'on faisait la queue sur le trottoir sans trop savoir pourquoi on acceptait. Les deux figurent d'ailleurs dans cette sélection des meilleurs brunchs à Paris, avec quelques adresses plus chic, du Café de Flore au Bristol, pour les dimanches où l'on a mieux dormi.
Garder les pieds dans le 19e
Après le café, je finissais souvent à pied. Depuis la rotonde de Stalingrad, que Ledoux a dessinée juste avant la Révolution, on monte vers les Buttes-Chaumont, ou on suit la piste cyclable de l'Ourcq jusqu'à Pantin et ses grands moulins. Les devantures ont changé, la moitié des bars aussi. Mais vers cinq heures, en automne, la lumière qui rase l'eau près des écluses n'a pas bougé.